La mutation de la Manufacture de Tabacs : Université Lyon III, Jean-Moulin
6, cours Albert-Thomas, 69 008 Lyon.
La manufacture de tabacs, ou devrait-on dire la « nouvelle » manufacture de tabacs de Lyon accueille aujourd’hui l’université de Lyon III, Jean Moulin.
C’est pour pallier à une production insuffisante de la manufacture de tabacs de Perrache que la Direction générale des manufactures de l’Etat autorisa le 21 novembre 1899 la construction de la nouvelle manufacture de Lyon-Monplaisir. L’édification du bâtiment est confiée à l’ingénieur en chef du Service Central des manufactures de l’État, Joseph Clugnet. L’imposante manufacture de 59 000 mètres carrés est érigée entre le cours Albert Thomas et l’avenue des frères-Lumière, à mi-chemin entre la place Gabriel Péri et l’hôpital Grange Blanche. Le chantier va durer vingt ans, de 1912 à 1932 mais c’est dès 1927 que la production débute. En 1932, elle est vendue aux enchères à la SEITA (Société d’Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes). Proche des grands axes routiers et en bordure des lignes de chemins de fer, sa situation géographique lui permet de bénéficier des avantages des réseaux de communication implantés dans la ville. La manufacture de tabacs de Lyon est l’exemple type des constructions industrielles fonctionnelles, dont la structure répond aux besoins de la production et aux soucis de distribution. Son plan se présente sous la forme d'une juxtaposition de deux carrés massifs comprenant, pour chacun d’entre eux, un cloître intérieur. L’aile ouest, qui jouxte la ligne de chemin de fer, inclut également un quai de chargement et de déchargement.
Les matériaux de construction de l’usine sont la brique et des structures portantes métalliques. La manufacture produisait essentiellement des scaferlatis (tabac ordinaire) et des cigarettes qui représentaient en 1933 : 3 796 600 kg mettant Lyon au deuxième rang des 22 manufactures françaises. En 1987, elle ferme ses portes. En 1991, la décision est prise de transformer le gigantesque entrepôt en pôle universitaire. La mutation du site a inévitablement entraîné quelques modifications. La réhabilitation a été confiée à l’architecte Albert Constantin (Atelier de la Rize). Pour correspondre aux aménagements de la ville contemporaine et, de ce fait, permettre l'intégration de cet ancien site industriel, les éléments tels que la structure et l’implantation du bâti (architectonique, proximité de boulevards bruyants et la présence du chemin de fer in situ), ont du être réadaptés. En effet, c’est bien souvent parce que le bâti industriel passe d’un usage privé à un usage public c’est-à-dire d’un espace fermé à un espace ouvert au public qu’il y a d’inévitables aménagements et restructurations. Ici, il s’agit de l’aménagement des cloîtres, la fermeture de la rue Pollet à la circulation, la construction de passerelles de circulation et de lieux d’échanges (cafétéria, espace de rencontres et d’exposition, pôle d’information), et la construction d’un nouvel ouvrage (bibliothèque dans le cloître sud).
Bien sûr, excepté l’enveloppe, il ne reste presque plus rien d'un point de vue technique et matériel de la riche histoire industrielle de l’industrie du tabac et de l’allumette. Cependant, grâce aux reconversions de sites nous avons sous les yeux les témoignages physiques de cette histoire qui nous permet de nous en rappeler et de l’évoquer (Morlaix, Issy-les-Moulineaux, Nantes, Strasbourg, Châteroux, Tonneins, Toulouse, Marseille). Aujourd'hui, seule la manufacture de Morlaix qui est aujourd'hui toujours en cours de reconversion est encore dotée du matériel qui fut utilisé dans l'industrie du tabac. Manufacture des tabacs de Lyon : édifice non protégé au titre des Monuments historiques, il bénéficie du label Patrimoine du XXe siècle en Rhône-Alpes depuis le 10 mars 2003.
Pour en savoir plus : Sur les manufactures de tabacs et d'allumettes en France http://monsite.wanadoo.fr/manufactures.tabacs/
Sur l'Atelier de la Rize